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Prendre soin de la vie spirituelle

Prendre soin de la vie spirituelle

Major Bertrand Lüthi, accompagnateur spirituel

Accompagner spirituellement, ce n’est pas apporter des réponses toutes faites. C’est apprendre à écouter, à discerner, à rejoindre chacun là où il en est. Le major Bertrand Lüthi, coordinateur du service de l’accompagnement spirituel au sein des établissements de l’Armée du Salut, témoigne d’une démarche à la fois humble et exigeante : continuer à se former pour mieux servir, quel que soit l’âge ou l’expérience.

Dans les établissements de l’Armée du Salut, l’accompagnement de qualité ne se limite pas aux besoins matériels, sociaux ou médicaux. Il passe aussi par une attention à la vie intérieure, aux fragilités invisibles, aux questions profondes que portent les personnes accompagnées comme les professionnels. Pour le major Bertrand Lüthi, l’accompagnement spirituel, suppose avant tout, une présence juste : écouter, accueillir, soutenir, prier parfois, sans jamais s’imposer. Une mission qui demande de l’expérience, mais aussi un travail sur soi et une formation continue.

Un accompagnement spirituel de qualité, c’est d’abord la possibilité, pour les résidents comme pour les membres du personnel, de rencontrer une personne disponible, extérieure à l’établissement, capable d’écouter avec attention et discrétion. Il s’agit d’offrir un espace où l’on peut déposer ce qui pèse, mettre des mots sur des réalités de vie parfois difficiles à porter, et se sentir rejoint avec respect.

L’accompagnement spirituel n’est pas un soin médical, ni une réponse matérielle. Il contribue autrement à la qualité de vie : par l’écoute, par la présence, par une parole ajustée, et parfois par la prière, qui peut apporter réconfort et apaisement. L’accompagnateur spirituel offre aussi ce que les professionnels, pris dans de nombreuses contraintes, n’ont pas toujours la possibilité de donner : du temps, pleinement consacré à la personne.

Pourquoi avez-vous ressenti le besoin de vous former aujourd’hui, après déjà tant d’années d’engagement et d’expérience ?

J’ai choisi de suivre une formation en accompagnement hospitalier, maisons de soins et maisons de repos, dispensée par une association d’aumônerie active dans les hôpitaux, les maisons de soins et les établissements pénitentiaires.

Cette formation s’étend sur un an, à raison d’un samedi par mois, avec un stage en institution, un travail de fin d’études et un examen final. Après 26 années de service, cette démarche vient compléter l’expérience acquise sur le terrain. Elle me permet de rencontrer d’autres professionnels, de prendre du recul et de développer de nouvelles compétences.

Elle m’aide surtout à être mieux préparé à l’écoute de parcours de vie parfois très lourds, et à transmettre la parole de Dieu de manière plus juste, en tenant compte du contexte de chaque personne, de son histoire, de son éventuel bagage spirituel, et toujours sans jugement.

Comment cette formation transforme-t-elle concrètement votre manière d’écouter, d’accompagner et de rejoindre les personnes dans leur cheminement ?

Moi qui suis plutôt quelqu’un de volubile, j’apprends à me taire davantage. Cette formation me rappelle combien l’écoute et le regard sont essentiels. Il ne s’agit pas seulement d’entendre, mais d’être vraiment présent à l’autre, attentif à ce qu’il dit, à ce qu’il ressent, à ce qu’il cherche parfois sans réussir à le formuler.

Le regard aussi compte beaucoup. Regarder une personne avec attention, c’est lui montrer qu’elle compte, qu’elle est pleinement là, devant nous. Cette qualité de présence change la relation.

La formation m’a aussi confirmé combien la prière est fondamentale. Elle m’a donné davantage de confiance pour la proposer, avec simplicité, en fin de visite. Elle m’aide à affiner ma manière d’accompagner spirituellement. Et elle me rappelle aussi, avec humilité, que j’ai encore beaucoup à apprendre.

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